Innovation Summit 2026 | Co-concevoir les réponses aux crises de demain, deux jours organisés par la Croix-Rouge britannique.

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“Seconde ville natale“  un programme de vie duale de la Croix-Rouge japonaise pour offrir un refuge sûr et accueillant en temps de crise

La Croix-Rouge japonaise redéfinit la résilience face aux catastrophes à travers le concept des « Second Hometowns ». Élaborée par Yasuhiro Soshino, responsable de l’Unité des technologies humanitaires, cette initiative répond à l’extrême vulnérabilité des populations urbaines face aux catastrophes naturelles. En instaurant un cadre de « vie duale », le programme encourage les citadins à tisser des liens actifs avec des communautés rurales avant qu’une crise ne survienne. Ainsi, lorsqu’une catastrophe frappe, les citoyens disposent d’un refuge connu, sûr et accueillant. Soutenu par un solide réseau de collectivités locales et de compagnies d’assurance, le projet transforme le relogement temporaire en un parcours de mise en sécurité fluide et planifié à l’avance. 

À propos du projet pilote

Le Japon est un pays où diverses catastrophes (séismes, tsunamis, typhons, pluies et chutes de neige intenses) surviennent fréquemment. Le fait de résider en un seul endroit peut accroître les risques en cas de catastrophe, faute d’alternatives disponibles pour se mettre à l’abri.

Par ailleurs, le Japon connaît un déclin démographique et un vieillissement de sa population à un rythme sans équivalent dans le monde. Les zones rurales, en particulier, sont confrontées à la dépopulation et au vieillissement de leurs infrastructures, ce qui accentue leur vulnérabilité face aux catastrophes.

En réponse à ces défis, l’Institut de recherche sur les secours en cas de catastrophe de la Croix-Rouge japonaise a développé le concept des « Second Hometowns ». Cette initiative vise à encourager les personnes à résider, en temps normal, dans des régions autres que leur lieu de résidence principal — leur permettant ainsi d’y expérimenter le logement, les moyens de subsistance, l’éducation et la vie communautaire. L’objectif est de faire en sorte que, lors d’une catastrophe, elles disposent déjà d’un lieu pouvant servir de destination d’évacuation sûre.

Afin de concrétiser cette idée sous la forme d’un « service d’appui à l’évacuation » pérenne, l’Institut s’est associé à de grandes compagnies aériennes japonaises, à des assureurs et à des collectivités locales. Ensemble, ils ont soumis une candidature au programme pilote du ministère du Territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme portant sur la vie en double résidence — et ont été sélectionnés comme le seul projet centré sur la préparation aux catastrophes.

Avril 2026 – Mars 2027

Date de lancement du projet pilote

20 millions de yens (120 000 €)

Budget alloué au projet

Deux démonstrations seront organisées :

  1. Une évacuation anticipatoire en prévision de l’arrivée d’un typhon sur Tokyo
  2. Une évacuation à grande échelle vers des zones régionales à la suite d’un séisme majeur.

Durant la période de démonstration, les activités comprendront des études de marché sur les services d’appui à l’évacuation et les assurances d’évacuation, ainsi que plusieurs visites de terrain intégrant des programmes d’échanges communautaires avec les habitants locaux et des ateliers de préparation aux catastrophes axés sur l’évacuation à grande échelle en situation d’urgence.

Vous travaillez depuis de nombreuses années sur la gestion des catastrophes au Japon. Quelles tendances sociales, économiques ou comportementales clés vous ont convaincu qu'une approche de « Second Hometown » était nécessaire, et pourquoi maintenant ?

Je suis impliqué dans de nombreuses opérations de réponse aux catastrophes au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge depuis le séisme du Gujarat en Inde en 2001, en travaillant principalement en tant que coordinateur et logisticien.

L’idée qui sous-tend cette approche a été inspirée par mon expérience lors de la catastrophe du typhon Haiyan aux Philippines en 2013. Cette expérience m’a amené à reconnaître la nécessité d’un système capable de soutenir une évacuation à grande échelle, notamment en prévision d’un super typhon d’une magnitude similaire qui toucherait terre au Japon à l’avenir.

En réponse à ce constat, j’ai développé et breveté un service numérique permettant aux personnes de réserver simultanément le transport et l’hébergement en cas de catastrophe. Ce service a été très bien accueilli par les experts du MaaS (Mobilité en tant que Service) au Japon en tant que concept avancé, souvent désigné sous le terme de « Beyond MaaS ». 

Par ailleurs, le Japon promeut de plus en plus la vie en double résidence à l’échelle nationale, comme stratégie pour faire face à la dépopulation rurale et à la surconcentration de la population dans les zones urbaines. Si l’objectif premier de cette politique est la revitalisation régionale, elle recèle également un potentiel considérable en matière de réduction des risques de catastrophe. En particulier, elle peut faciliter l’évacuation anticipatoire fondée sur des prévisions, alléger le fardeau d’une évacuation prolongée dans des conditions de vie difficiles, et soutenir un retour plus rapide à la vie quotidienne pour les personnes affectées après une catastrophe — autant de défis majeurs auxquels le Japon est confronté aujourd’hui.

 

Il s'agit là d'une idée relativement peu conventionnelle. Comment avez-vous obtenu le soutien du ministère du Territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme, et quel rôle joue-t-il dans la structuration ou le déploiement à plus grande échelle du projet pilote ?

Afin de faire face au déclin démographique, le ministère du Territoire, des Infrastructures, des Transports et du Tourisme a lancé une initiative nationale visant à promouvoir la vie en double résidence, incluant un appel public à projets pilotes. Pour atteindre cet objectif, des collectivités locales ont, dans le cadre de projets antérieurs, soutenu les participants à travers des mesures telles que : 

  • un accès temporaire à des logements sociaux,
  • des opportunités de s’engager dans des activités économiques locales telles que l’agriculture,
  • Et la participation à des activités communautaires, notamment des fêtes et festivals locaux.

S’appuyant sur ce cadre politique, l’Institut de recherche sur la gestion des catastrophes de la Croix-Rouge japonaise a proposé un projet pilote intégrant la préparation aux catastrophes dans la vie en double résidence. Cette initiative réunit une compagnie aérienne pour faciliter la mobilité, une compagnie d’assurance pour couvrir les coûts liés à l’évacuation, et des collectivités locales agissant en tant que communautés d’accueil.

L’approche innovante adoptée pour répondre aux enjeux du ministère a permis au projet d’être retenu dans le cadre de ce programme national.

Pouvez-vous nous décrire concrètement à quoi ressemble un « Second Hometown » dans la pratique ? Qui possède ou entretient ces lieux, et comment les relations se construisent-elles entre les résidents urbains et les communautés rurales au fil du temps ?

Le concept des « Second Hometown » peut prendre de nombreuses formes.

Les personnes vivant en zone urbaine tout en travaillant à distance depuis des régions rurales peuvent l’adopter naturellement, mais il convient également aux jeunes parents ou aux citadins de longue date. Ces derniers peuvent bénéficier de la nature et de nouveaux modes de vie. Du point de vue des communautés rurales, même sans relocalisation permanente, ces participants peuvent devenir ce que l’on pourrait appeler des « seconds citoyens ». Ils représentent une forme de population relationnelle, apportant une nouvelle énergie et de nouveaux liens, et contribuant à la revitalisation régionale.

Si le projet pilote actuel se concentre sur les mouvements des zones urbaines vers les zones rurales, nous explorons également, à plus long terme, la possibilité de construire des réseaux entre zones rurales.

En cas de succès, comment ce modèle pourrait-il transformer les stratégies d'évacuation préventive à l'échelle nationale — et envisagez-vous un potentiel d'adaptation dans d'autres pays ou contextes ?

Malgré l’initiative « Early Warnings for All » (visant à protéger l’ensemble des populations d’Asie et du Pacifique grâce à des systèmes d’alerte précoce) développée au Japon, l’expérience a montré que les alertes seules ne suffisent pas à déclencher un comportement d’évacuation. En effet, les personnes sont davantage susceptibles d’agir lorsqu’elles ont la certitude de pouvoir vivre en sécurité et dans la dignité à leur lieu de destination. Cela nécessite une préparation en amont — non seulement en termes de logement, mais aussi de moyens de subsistance, d’éducation, de mobilité et de relations avec les communautés d’accueil. 

Dans le cadre de ce projet pilote, nous explorons un nouveau modèle de service visant à soutenir l’autonomie, que nous appelons un « service d’assurance d’appui à l’évacuation ». Ce modèle combine des options de transport et une couverture d’assurance afin de contribuer à réduire les coûts liés à l’évacuation.

Ce modèle a le potentiel d’évoluer vers un modèle d’Action Anticipatoire durable fondé sur l’autonomie, réduisant la dépendance exclusive aux ressources publiques tout en permettant aux individus de prendre des mesures précoces.

Face à la multiplication des catastrophes naturelles et à la croissance de la population urbaine à l’échelle mondiale, nous sommes convaincus que ce modèle présente un fort potentiel d’adaptation dans d’autres pays. Il offre un cadre permettant de créer des bénéfices mutuels entre zones urbaines et zones rurales, tout en faisant progresser des systèmes d’évacuation anticipatoire durables et fondés sur l’autonomie.

Où en est le projet en juin 2026 ?

La Croix-Rouge japonaise pousse le concept encore plus loin en lançant un projet pilote de « Movable Second Hometown » à Suzaka, dans la préfecture de Nagano. En partenariat avec un fabricant local de maisons-remorques et des partenaires technologiques du secteur privé, l’initiative déploie des maisons-remorques mobiles équipées de systèmes de batteries portables et de toilettes à chasse d’eau mobiles. Le projet s’appuie sur l’écosystème d’innovation développé par l’Hôpital Kumamoto de la Croix-Rouge japonaise, en collaboration avec des partenaires du secteur privé.

Cette infrastructure mobile remplit une double fonction. En temps normal, les unités servent d’hébergements écologiques pour les visiteurs de longue durée, stimulant le tourisme local et soutenant le développement économique régional. En cas de catastrophe, ces mêmes unités se transforment en ressources d’urgence. Elles peuvent accueillir des évacués locaux ou être remorquées directement vers les zones les plus touchées pour servir de camps de base aux équipes de secours, de logements temporaires, de centres de garde d’enfants ou de cliniques mobiles.