Comment la Croix-Rouge costaricienne a transformé les services aux visiteurs en ressources pour l’action humanitaire

« En payant votre stationnement, vous aidez la Croix-Rouge à sauver des vies. »

Dans le cadre d’accords officiels avec le gouvernement, la Croix-Rouge costaricienne gère différents services destinés aux visiteurs des parcs nationaux, notamment des parkings, des boutiques de souvenirs et des cafés. Ce modèle fonctionne comme une véritable activité économique et génère des ressources pour l’organisation. Les revenus ainsi obtenus contribuent au financement des opérations humanitaires, au renforcement des capacités d’intervention d’urgence dans les parcs et leurs environs, ainsi qu’au soutien socio-économique des communautés locales.

Contexte

Les espaces protégés du Costa Rica jouent un rôle majeur dans l’économie touristique du pays. Selon une évaluation économique nationale, les parcs nationaux et réserves biologiques ont généré 1,9 milliard de dollars de retombées économiques en 2018, dont 81,7 % étaient liées au tourisme. Leur importance continue de croître : en 2025, les espaces protégés du Costa Rica ont enregistré près de 3 millions de visites, un record historique1.

Le gouvernement costaricien cherchait des moyens de générer des bénéfices sociaux et économiques pour les communautés et les institutions locales. La Croix-Rouge costaricienne y a vu l’opportunité de répondre à un double objectif : contribuer au financement des coûts opérationnels de sa mission humanitaire tout en soutenant le développement local.

Auparavant, les accords entre les gestionnaires des parcs et la Croix-Rouge étaient souvent informels et ne reposaient pas sur des règles clairement établies. Cette nouvelle approche permet d’officialiser et de professionnaliser ces partenariats afin de les inscrire dans la durée. Elle crée une source de revenus fiable tout en renforçant l’autonomie des communautés grâce à la création d’emplois, à la formation et à leur participation à l’économie locale. Elle contribue également à rendre ces territoires plus résilients et mieux préparés aux crises, notamment grâce à la formation des habitants aux premiers secours et à l’amélioration de l’assistance aux visiteurs des parcs.

Les spectaculaires volcans du Costa Rica attirent des visiteurs du monde entier. © Site national de promotion du tourisme

Fonctionnement

La Croix-Rouge costaricienne gère ces services comme une activité professionnelle et verse une redevance mensuelle au gouvernement. Ses activités comprennent :

  • Gestion des parkings : gestion des espaces de stationnement du volcan Poás, du volcan Irazú et de la forêt de Prusia.
  • Boutiques et cafés : gestion de boutiques de souvenirs et de cafés proposant des produits locaux de qualité fabriqués par des artisans et entreprises de la région, leur donnant ainsi accès à une clientèle touristique internationale.
  • Événements communautaires : organisation d’activités telles que des courses ou des marches communautaires. À cette occasion, les écoles et associations de quartier sont invitées à vendre leurs propres produits afin de générer des revenus complémentaires.
Une boutique un peu spéciale à Irazú © Cruz Roja Costarricience

Les bénéfices que la Croix-Rouge costaricienne tire de ces activités génératrices de revenus sont ensuite réinvestis dans des programmes humanitaires, la formation des équipes et le renforcement des capacités d’intervention d’urgence.

Par exemple, grâce aux revenus générés sur le site de Poás, le comité régional a pu acheter de nouvelles ambulances, financer des formations spécialisées au sauvetage pour ses équipes et acquérir du matériel adapté à différents types d’intervention, notamment le sauvetage aquatique, les interventions sur structures effondrées et les accidents de la route. Ces ressources permettent également d’organiser des activités telles que des courses ou des marches communautaires, qui rassemblent les habitants et contribuent à maintenir un lien fort entre la Croix-Rouge et les communautés locales.

Les communautés locales bénéficient directement des emplois créés et jouent un rôle central dans le programme grâce à la vente de leurs produits. Elles sont également régulièrement informées des activités et de la situation financière du projet grâce à un reporting transparent.

Financement et modèle économique

Le projet du volcan Poás a débuté à petite échelle : la Croix-Rouge surveillait les véhicules stationnés en échange de dons. Progressivement, ce modèle s’est structuré jusqu’à devenir un processus formel d’appel d’offres, dans lequel l’organisation candidate pour obtenir le droit de gérer le site.

Le projet plus récent autour d’Irazú a été lancé grâce aux fonds propres du comité, avec le soutien d’entreprises privées locales et du Centre régional de Cartago.

Déploiement et impact

Depuis la mise en place de ces accords, l’initiative a permis plusieurs avancées :

  • Stabilité financière : la Croix-Rouge peut désormais couvrir une partie de ses coûts opérationnels quotidiens, réduisant ainsi sa dépendance aux financements extérieurs. Les ressources générées bénéficient également à des régions qui ne gèrent pas directement les parcs nationaux.
  • Amélioration de la préparation aux urgences : les capacités d’intervention dans les parcs nationaux ont été renforcées grâce à de meilleurs équipements et davantage de formations. Les branches régionales de la Croix-Rouge ont également pu acquérir du matériel spécialisé, renforçant ainsi leur capacité à contribuer aux interventions d’urgence à l’échelle nationale.
  • Renforcement de l’autonomie économique : ces services ont créé des emplois pour les habitants. Les points de vente et les événements organisés ont également favorisé l’activité économique locale et le micro-entrepreneuriat.
  • Renforcement des liens avec les communautés : les événements permettent aux habitants de se rassembler et d’échanger avec la Croix-Rouge, renforçant ainsi sa présence et ses relations avec les communautés et les institutions publiques locales.
  • Amélioration de la gestion : la Croix-Rouge a contribué à améliorer la signalétique ainsi que l’entretien des infrastructures dans les zones des parcs dont elle assure la gestion.

Chiffres clés

27 ans d'expérience

dans la transformation de services du quotidien destinés aux visiteurs en ressources au service de l’action humanitaire.

Parking · Cafés · Boutiques

des services diversifiés qui se sont multipliés.

2 sites, 1 modèle

de génération de revenus, qui a fait ses preuves.

LES RESSOURCES GÉNÉRÉES ONT CONTRIBUÉ À FINANCER :

🚑 De nouvelles ambulances
🛟 Du matériel de sauvetage spécialisé
🎓 Des formations spécialisées au sauvetage
🤝 Le soutien à d’autres comités de la Croix-Rouge

© Cruz Roja Costarricense Región Cartago

Partenaires clés

Le succès du projet repose sur un écosystème réunissant les principales parties prenantes :

  • Gouvernement et ministère de l’Environnement et de l’Énergie : ils accordent les autorisations officielles nécessaires pour intervenir dans les parcs et contribuent à aligner le projet sur les objectifs de conservation de la nature, de tourisme et de développement communautaire.
  • Administrations des parcs : leurs équipes contribuent à la logistique quotidienne et à la planification d’événements spécifiques.
  • Institutions locales : les écoles et associations communautaires participent aux événements et bénéficient des revenus qu’elles peuvent y générer.

Opportunités de collaboration future

Grâce à ces activités, la Croix-Rouge costaricienne a développé une présence forte dans le secteur touristique du pays. Cette reconnaissance pourrait attirer des entreprises privées impliquées dans le développement touristique, ainsi que des organisations sociales telles que PINES (People In Need), des associations de développement, des conseils scolaires et des comités communautaires.

Conseils pour reproduire l’approche

  • Cartographier les sites stratégiques : identifier les zones très fréquentées ou les activités présentant un fort potentiel de génération de revenus, là où un besoin en matière de service public existe, puis proposer une solution professionnelle aux autorités compétentes.
  • Réaliser des études de marché et d’impact : mener des études de faisabilité approfondies afin de trouver le juste équilibre entre efficacité opérationnelle et bénéfices concrets pour les communautés.
  • Construire et coordonner des partenariats solides : identifier les partenaires les plus stratégiques et veiller à maintenir une communication claire entre toutes les parties prenantes tout au long du projet.
  • S’ils devaient recommencer, les responsables du projet recommanderaient de négocier des redevances moins élevées afin qu’une plus grande part des ressources générées puisse être réinvestie dans l’action humanitaire.

De l’idée à l’action !

Une partie de cette solution pourrait-elle être utile dans votre propre contexte ? Générer des revenus durables constitue un enjeu important pour les Sociétés nationales. Cette solution montre comment la gestion de services existants peut générer des ressources pour soutenir les activités humanitaires, tout en créant des opportunités d’échange avec les communautés locales et de soutien à leur développement.

Pour l’adapter à votre contexte, posez-vous la question : quelles activités ou quels services d’intérêt public font actuellement défaut sur mon territoire ?

Quelle est la version la plus simple de cette idée que vous pourriez tester ? Commencez à petite échelle en nouant un partenariat avec une ville, une autorité locale ou une communauté, puis testez un service ou une activité sur un périmètre limité.

Avec qui pourriez-vous en discuter ? Les branches régionales et locales connaissent peut-être déjà des opportunités sur leur territoire. Les autorités publiques, les entreprises locales et les organisations communautaires peuvent également constituer des partenaires précieux.

[1]  Moreno-Díaz, M.L., Universidad Nacional de Costa Rica (CINPE), 2025.